🕯️ La ville low tech ?

La newsletter de dixit.net #41 

Je ne suis pas certain que structurer le débat comme un duel entre technosolutionniste et amish nous permette de trouver les solutions aux problèmes du siècle. Les odes à la Smartcity des vendeurs de caméras de surveillance et de routeurs internet sont un peu moins audibles aujourd'hui. Mais la technologie qui vient est encore pour beaucoup LA solution qui nous permettra de ne pas changer de modèle et de prolonger encore un peu le XXe siècle. Peut-être. Qu'ils soient dans le vrai ou qu'ils se bercent d'illusions, peu importe pour nous qui travaillons la ville. Pour notre part, nous n'avons pas droit à l'erreur, car faire la ville, c'est long. Nous sommes déjà en train de finir celle de 2050 qui doit être à la hauteur des enjeux, quoi qu'il arrive. Il est donc réaliste de travailler avec les solutions qui sont déjà là et ne pas tout miser sur les technologies qui pourraient venir.

Cette approche low tech, c’est l’idée de mettre fin à une course en avant effrénée, où la technologie de demain viendra (sûrement) solutionner nos problèmes. Ce n'est ni une envie de retourner à la bougie (trop émissive de toute façon), ni un rejet de la technologie en soi, mais un regard pragmatique sur ses impacts, ses limites ou ses effets rebonds. C'est aussi l'idée que l'innovation souhaitable n'est pas qu'hypertechnologique, qu'elle peut aussi se nicher dans les méthodes et les organisations, ou proposer des solutions simples et parfois même rustiques, mais tout aussi efficaces.

Je retiens surtout qu'au coeur de cette approche se trouvent non seulement une façon plus frugale de répondre aux besoins, mais aussi un questionnement de ces mêmes besoins. Un enjeu essentiel pour la fabrique de la ville, tant ses impacts sur le climat, les écosystèmes et les ressources sont importants. Éviter de construire et de déconstruire en intensifiant les usages et en transformant les bâtiments existants. Éviter aussi d'étaler la ville en densifiant et en recyclant les espaces urbains. On retrouve évidemment les boucles de l'urbanisme circulaire, mais aussi la séquence éviter / éviter / éviter que Philippe Bihouix nous proposait dans sa préface “Construire dans le monde d’après” du Manifeste. Une approche qu'il nous a fait le plaisir d'approfondir au cours d'un webinaire il y a quelques semaines, à lire ou écouter sans modération. Une piste à suivre évidemment.

— Sylvain

PS : Ne manquez pas ce bel échange à regarder sur YouTube (en basse définition ;) organisé par Plan(s) B avec Johanne Guichard (architecte), Renaud Bonnel (AMO bas carbone) et moi-même autour des enjeux de transition de la fabrique de la ville. (Plan(s) B)

Entretien · La ville low tech ? 

Entretien avec Philippe Bihouix, directeur général d'AREP, tiré d'un webinaire organisé par dixit.net. Nous avons notamment parlé de low-tech, de construire moins dans la ville et de prise de conscience des organisations face aux transitions énergétiques et climatiques. 

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📅 Agenda

  • Ce matin (là maintenant), 10h-12h, café-urba sur "L'urbaniste doit-il encore aménager l'espace" par l'Association Nantaise d'Aménagement et d'Urbanisme et le Master Villes et Territoires. (Université de Nantes)

  • Aujourd'hui encore, mais à 18h, Bertrand Vignal, architecte-paysagiste, interviendra pour expliquer le vaste projet de reconversion de la vallée de la chimie verte à Lyon. (Conférences Projet Urbain)

  • Retrouvez le cycle de conférence "L'intranquillité des territoires : crises, résiliences, basculements" ce mardi 6 avril à 10h avec un webinaire sur les déchets et le métabolisme des villes. (Institut Paris Région

  • C'était le 25 mars, mais voici en replay le webinaire "Métropolisation : la crise va-t-elle transformer les équilibres entre centre et périphérie ?" où Sylvain intervenait avec Maurice Sissoko et Martin Vanier. (IEIF)

🎙️ Podcast. C'est dans la newsletter Nouveau Départ que ce podcast sur le logement après la crise du Covid est proposé. Un bon point d'actualité sur les tendances et les possibles évolutions en matière de logement, au vu du temps qu'on y a passé depuis mars 2020. (Nouveau Départ)

✋ Appel à candidature. Les friches sont des réelles opportunités pour inscrire les territoires dans une trajectoire de sobriété et de résilience. L'ADEME lance un appel à candidature (jusqu'à 9 avril) pour accompagner les premières applications de l'outil d'évaluation BENEFRICHES en conditions réelles. Douze opérations seront sélectionnées et bénéficieront d’un accompagnement par un assistant à maîtrise d’ouvrage. (ADEME)

📓 A bestiary of the Anthropocene. Alors que les bestiaires du moyen âge mêlaient animaux existants et imaginaires dans un même recueil, ce bestiaire de l’anthropocène de Nicolas Nova nous donne à voir les produits bien réels de notre présence sur la planète : critères nucléaires, rats de laboratoires, vaches à hublot, robots aspirateurs, champignons radioactifs, neige artificielle... C’est un objet singulier - une impression argentée sur un papier noir - et assez magnifique dont les qualités formelles pourraient faire oublier la qualité du fond. En épinglant ces espèces animales, végétales ou minérales issues de l’anthropocène les unes après les autres, en les nommant et en les décrivant, on est pris d’un vertige face à l’absurde. Mais quelques courts essais en fin d'ouvrage nous aident à nous retrouver. À découvrir. (Onopatopee 188)

🍦 Essentiel. Dessinez un iceberg parfait sur ce simulateur en ligne, et testez si il flotte correctement. (Fun)

🕒 Vu d'ailleurs. La ville du quart d'heure de Carlos Moreno est l'un des concepts en vogue pour penser la ville autrement. Vu de l'Amérique du Nord, cela ne parait pas aussi évident à mettre en oeuvre qu'en Europe. On en oublierait presque une planification orchestrée depuis plusieurs dizaines d'années pour séparer socialement et racialement de nombreux quartiers, avec l'impossibilité de créer de nouvelles centralités rapidement sans raser de nombreux logement. (Bloomberg)

🏢 Vintage. Certains d’entre vous ne connaissent pas encore l’excellente série de Tweets du sociologue Renaud Epstein « un jour, une ZUP, une carte postale », et c'est bien dommage. Il raconte comment il a commencé cette exposition numérique de cartes postales, il y a 7 ans, dans un entretien passionnant avec Xavier Capodano  du Genre Urbain, qui, au delà de l’anecdote, permet de revenir sur l’histoire des grands ensembles et de débusquer quelques quelques idées préconçues. A suivre et écouter. (Paroles Urbaines)

Bonne semaine et à mercredi prochain.