⏱️ La clef des temps

La newsletter de dixit.net #36

C’est long de faire la ville, très long même. On parle en années pour nous rassurer, mais c’est la décennie l’unité de base d’un projet urbain. Une, parfois deux décennies entre la première idée et l'achèvement des travaux. Parfois même plus. Bien sûr, tous les acteurs impliqués trouvent cela trop long, alors on tente de raccourcir les temps à coup de chocs de simplification, de volontarisme politique et d'impasses réglementaires, mais rien n’y fait. C’est long de faire la ville, trop long même...

Trop long ? Nos villes ne sont pas des tissus malléables qui s'adaptent en continu à nos besoins. Leur transformation se fait par à-coups, quand les feux de la fabrique urbaine se concentrent pendant dix ou vingt ans sur un quartier avant de se déplacer un peu plus loin. Quoi de plus brutal si ce n'est la guerre ? Comment s’étonner des boucliers qui se lèvent face aux panneaux de chantiers quand ils commencent à se dresser ? Ce temps si long pour ceux qui font la ville est trop court pour ceux qui la vivent.

Peut-être faut-il arrêter de courir après ce temps qui file ? Faire une pause. Prendre de façon assumée le temps de l'échange et des hésitations. Transformer ici et là, partout mais doucement, plutôt que de bouleverser ces seuls espaces au centre de nos attentions. Assumer le temps long de la fabrication de la ville, mais aussi porter le regard sur ses temps courts. Parler - mais aussi faire - avec ces unités de temps négligées par les faiseurs de ville : l'année, la saison, le mois, et même la journée. C'est regarder la ville telle qu'elle est pour y déceler des temps en friche et les repeupler d'usages. C'est la première des boucles de l'urbanisme circulaire : intensifier ce qui est là plutôt que construire encore. C'est occuper temporairement un bâtiment vide et en profiter pour lui inventer un futur, ouvrir un équipement public aux heures où d'habitude il dort, transformer une salle de classe en lieu de vacances plutôt que la laisser vide tout l'été...

Tout cela n’est pas si nouveau, mais c’est plus que jamais nécessaire au moment où il faut faire plus avec moins, et aussi adapter nos villes aux chocs. Luc Gwiazdzinski nous rappelle dans l'entretien de cette semaine que les temps de la ville regorgent de potentiels, si l'on sait les sentir et les mobiliser.

— Sylvain

P.S. : Vous avez lu (et aimé) le Manifeste ? Alors pour qu'il continue son bonhomme de chemin, prenez le temps de laisser quelques étoiles, pouces levés ou commentaires sur ces sites : Les Libraires, Babelio, La Fnac ou Amazon.

Prendre le(s) temps de la ville

Luc Gwiazdzinski est géographe, professeur à l'École d'Architecture de Toulouse et chercheur au laboratoire LRA. Nous avons évoqué avec lui sa vision du temps pendant le confinement, la chronotopie urbaine et les maires de la nuit. Un entretien tiré du podcast du CNFPT "La Ville en Question", une émission animée par Marie Huygues et Sylvain Grisot entre septembre et décembre 2020.

Lire ou écouter l'entretien


Ouverture · Lire, écouter, rencontrer, voir...

📅 On y sera.

  • L'Agence Lille Métropole organise un webinaire sur l'urbanisme transitoire avec trois témoignages d'acteurs locaux, le 18 février à 9 h.

  • On prend le temps avec une intervention d'une heure sur l'urbanisme circulaire pour la Chaire Sociétés civiles, transitions urbaines et territoriales en Méditerranée ce vendredi 19 février à 14 h. Cliquez ici pour vous inscrire !

🎙️Radio. Ces trois émissions d’"Entendez-vous l’éco ?" dédiées aux villes sont loin de se cantonner aux seuls enjeux économiques et donnent la parole à des chercheurs que l’on n'a pas forcément l’habitude d’entendre sur les ondes. Très utile.

🃏Jeu féministe. Femmes en mouvement, le réseau professionnel féminin des transports, édite un jeu de sept familles sur la mobilité au féminin pour fêter ses 5 ans. L'objectif ? Donner envie aux jeunes filles de se lancer dans ces métiers. On soutient et on vous invite à commander leur jeu !

📖 À lire. Alors qu'il semble qu’en France, la construction de tout immeuble dépassant une poignée d’étages doive donner lieu à des hurlements outrés et des procès sans fin, ces images de Hong Kong remettent les idées en place. Non pas que ces immeubles dont les étages se comptent par dizaines donnent envie. Sans fioritures, ils montent brutalement au ciel drapés dans des couleurs mornes, avec un hérissement de climatiseurs comme seule trace de vie à l’intérieur. Mais ce livre de photographies rappelle très justement que ce n’est pas isolément que le bâtiment doit être jugé, mais dans son rapport avec son contexte urbain. Ici la Nature est partout : au pied des immeubles, sur les toits, dans les hauts, juste là, sous la main. La surdensité laisse de la place aux arbres, loin de forger une ville minérale et sèche. High Garden Hong Kong, un livre de photographies de Tom Spach, aux Éditions Kehe, Berlin 2019.

📢Tribune. Un appel dans le Monde de Philippe Audic, président du Conseil de Développement de Nantes Métropole, rappelant l'importance d'organiser la participation aussi dans le droit. Cela permettrait de dépasser la concertation, et de former/informer davantage les citoyens au débat public.

😄 Un peu de poésie.

À dans deux semaines, on prend une semaine de vacances !


dixit.net est une agence de conseil et de recherche urbaine. Cette newsletter est réalisée avec le soutien financier de l’Agence de la transition écologique. Si vous nous lisez pour la première fois, c'est le moment de vous abonner :

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